Yabééé ! - Prologue -
Les idiots & les enfants sont honnêtes - La vérité sort de la bouche des enfants.
Les idiots & les enfants sont honnêtes - La vérité sort de la bouche des enfants.
- Wesh. Bien ou bien ?
- Euh... Bonjour, je dis poliment. Vous désirez... ?
- Hé, la meuf, comment tu parles, toi ? répond-il rapidement, me faisant sursauter. Tu sors de chez les bourges ou quoi ? Reste modeste, t'es juste là pour vendre des machins à base de farine !
- « We...wesh »... mon pote ! je bégaie pour me rattraper. Du pain au maïs, du pain au... ?
- Yo. Qu'est-ce tu fous là, Bien-Fa ? clame un autre garçon sous la sonnerie de la porte d'entrée de la petite boulangerie.
Le concerné se retourne :
- Yo. Défonce-lui sa gueule.
- Hé ? demande l'autre, incrédule. Une... fille ?
- Tu sais comment elle parle ou quoi ? « Bonjour. Vous désirez...?. » ironise "Bien-Fa" avec une petite voix aigue. Pas de ça ici, frère ! s'emporte-il en retrouvant sa voix initiale. Qu'est-ce qu'elle fout derrière son comptoir avec son pain ? Elle croit peut-être que c'est oim qui vais la faire vivre en payant pour de la farine et de l'eau ?!
Je recule de plusieurs pas et heurte une étagère, faisant tomber plusieurs baguettes de pain.
Mon Dieu, je fais mon maximum. Je le jure. Je suis très, très sage ; je suis gentille, je parle poliement comme Grand-Mère me l'a appris et je me tiens convenablement. Qu'est-ce qui va encore m'arriver ?!
- Frère, t'as fumé ou quoi ?! le reprend le deuxième. Les filles, on les nique, c'est tout. Pourquoi tu veux bastonner ? On va même pas s'amuser. J'parie 5 millions qu'elle va se mettre à pleurer avant qu'on ait commencé.
- Ouais, vieux. Ramène-toi, ordonne l'autre dans son téléphone, ignorant son compagnon. ...Pas grand chose, mais si les flics ramènent leur cul, on aura besoin de toi. ... Ouais.
Il raccroche son portable, agacé.
- Tu ferais mieux de commencer à courir... me conseille-t-il en ricanant.
Sans plus attendre, je détache mon tablier, m'en débarrasse, passe la porte de mon lieu de travail en vitesse et traverse la rue avec précipitation. Je ne sais pas ce qu'il pourrait m'arriver, mais si je dois courir pour sauver ma vie, je veux bien m'y mettre tout de suite...
- Oh, oh... je laisse échapper, me retrouvant face à une bande de trois autres banlieusards.
Mon Dieu, Mon Dieu, qu'est-ce que j'ai encore fait pour mériter ça ?!
Je tente à droite, mais je suis aussi bloquée.
A gauche ?
Impossible.
Je recule instinctivement puisque les autres avancent vers moi en me fixant bizarrement. Je me cogne contre une personne derrière moi et découvre que je suis complètement encerclée.
- Yabééééé... je dis, les dents serrées, crispée sur moi-même, avec une toute petite voix.
- Encore un viol ?! râle celui que j'ai effleuré en me poussant en avant. C'est marrant, mais je suis fatigué, on s'en est quand même tapé 15 hier...
- Ouais, renchérissent les uns après les autres les garçons qui m'entourent.
- Ca va, ça va ! s'exclame le jeune homme de la boulangerie pour calmer le jeu. Voici... commence-t-il avec un sourire amer, une main tendue, en tournant lentement sur lui-même pour montrer ce qui l'entoure, ...le nouvel hôtel de luxe. Construit dans la cité. Notre cité. Inauguré hier. Vous croyez que je vais rien faire, petits cons ? Ils ont calé un établissement de gosses de riches dans la cité et vous bougez même pas vos culs ?! Petites racailles de merde !
Je n'ose plus bouger parmi les murmures de mécontentement.
- Fils de pute, continue-t-il. Suffit juste de la frapper sous les fenêtre des bourges. Ils se chieront tellement dessus qu'ils vont tous se barrer et que l'hotel va être obligé de fermer.
- Fils de quoi ? le reprend un autre.
- Fils de pute, répète-il en fronçant les sourcils.
Plusieurs s'apprêtent à se jeter sur lui, quand un seul, plus vieux, les retient :
- Imbécile, lui dit-il. Oublie-nous, ok ? Plus d'aide, plus rien. Débrouille-toi tout seul.
Je regarde autour de moi et remarque que plus personne ne s'occupe de moi. Je tente de m'éclipser quand "Bien-Fa" retient mon écharpe, m'étranglant à moitié :
- Pfff, souffle-t-il en crachant à mes pieds. Tu sais toujours pas parler, toi, hein ? lui dit-il. Toujours avec tes « imbécile » au lieu de « sale con ». Qu'est-ce que tu fous en banlieue ?!
- Dis ce que tu veux. Sache que tu fais une grosse erreur, répond l'autre. T'es rien sans nous, pauvre Fabien.
Sur ce, ils s'en vont tous, et il reste seul à mes côtés.
- Putain ! crie-t-il en shoutant dans mon genou comme si ma jambe n'était qu'un vulgaire poteau de circulation. C'est ta faute, vieille conne !
Je tombe à terre. Je plaques mes jambes contre mon buste et les enroule de mes bras pour les protéger au mieux. Je lève la tête vers lui, quelques mèches de cheveux balayant mon visage ;
- Je ne suis pas vieille ! je crie d'une voix suraigue pour me défendre.
Il me gifle. Nous sommes dans une rue qui longe le nouvel hotel. Un bruit de moteur se fait entendre et, lorsqu'il reconnaît les phares d'une richissime voiture qui freine brusquement à quelques mètres de moi, il part en courant après avoir juré et m'avoir donné un dernier coup de pied dans le dos.
- 'Fait mal... je me plains.
J'entends une portière claquer et des pas précipités cogner le sol. Je vois des chaussures parfaitement cirées s'arrêter à ma hauteur. Je cligne des yeux plusieurs fois, puis les lève. Encore. Et encore.
Le visage d'un homme mûr se tord en une grimace et s'apprête à me parler, mais je le coupe tout de suite :
- Yo.
On ne me frappera pas si je parle comme ça, si ?
Je ferme violemment les yeux.
- Je suis désolée, mademoiselle, me surprend-il, mais le jeune maître est d'autant plus capricieux lorsqu'il sort de boîte sans avoir ramené de... euh... ; je suis sûr que vous me comprendrez. Pourriez-vous donc... dégager le passage, je vous prie ?
- Hein ? je le questionne en clignant à nouveau des yeux.
Il soupire.
- Que faites-vous à une heure si tardive dans un tel endroit ? Il fait nuit depuis longtemps et... Je vous en prie, insiste-il, décalez-vous... ne serait-ce qu'un tout petit peu.
Je le regarde, incrédule. Il attrape alors mes bras d'un air désolé et me traine jusqu'au trottoir afin de permettre le passage de la voiture. Il m'y laisse, rejoint le véhicule, claque la porte et redémarre en trombe. Je suis des yeux les phares rouges et remarquent qu'après une petite distance parcourue, la voiture ne semble plus avancer.
Une autre porte claque. Quelqu'un d'autre vient vers moi en courant et m'aggrippe le bras en grognant. Il m'oblige à le suivre ; je fais comme je peux avec les brûlures qui se font sentir le long de mon corps, sans chercher à comprendre. Au niveau de la voiture, il me pousse sur un siège où je me cogne, et nous enferme.
A ce moment-là, je sens un grand coup de fatigue me frapper, ce pourquoi je ne dis rien.
S'il vous plait, faites que cette vie trépidente s'arrête... Je n'en peux plus...
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