Yabééé ! - Un Chapitre dans la tête d' Ati :
Les idiots & les enfants sont honnêtes - La vérité sort de la bouche des enfants.
Les idiots & les enfants sont honnêtes - La vérité sort de la bouche des enfants.
- Dites... tout-tout ça, si j'ai bien compris, c'est une seule chambre, hein ?
- Oui, me répondent arbitrairement et en choeur les quatre garçons.
- Et dans une seule chambre il y a une baignoire qui fait des bulles...
- Ça s'appelle un jaccousie, m'informe Georg.
- ... et une salle où on transpire...
- C'est un sauna, me complète Bill en riant.
- ...plus un meuble rempli de bouteilles d'alcool...
- Elle ne sait pas que c'est un bar ?! s'indigne Gustav en tant que troisième personne à couper mon unique phrase.
Aujourd'hui s'appelle Lundi. Lundi 22 avril 2008. Un jour qui, comme les autres, ne reviendra pas. Un jour qui voit défiler ses secondes en leur disant « bye bye ». Parce que chaque instant est unique et ne vit qu'une seule fois.
En ce même lundi et en ces précieuses secondes, il s'est passé l'épisode de la quasi-explosion de ma vessie, puis celui d'un repas animé et nous voilà.
Cinq jeunes personnes accoudées devant leurs assiettes vides sous un riche plafond.
Je me demande comment les quatre autres peuvent obtenir le luxe de dormir, manger et vivre ici sans faire un pas en dehors de cet endroit.
- Mais alors, dis-je après avoir haussé le ton, comment vous faites pour payer tout ça ?!
[...]
- Woooh, c'est suu-per bizarre !
Nous sommes retournés dans une chambre de l'hôtel. Encore à l'abri du ciel, de ses nuages ou de son soleil. J'ai envie de sortir... Je me retiens de trépigner sur place à cause de ce contact avec l'extérieur qui me manque tant.
- Bizarre comment ? T'aimes ça ?? me demande Tom.
- Bizarre bien ! je réponds en riant. C'est vachement bon ! Comment ça s'appelle, déjà ?
- De la mangue, dit Gustav sur un ton catégorique. Tu ne sais vraiment rien, siffle-t-il.
Tout à l'heure, lorsque je leur ai demandé comment ils payaient leur séjour ici, ils ont tous eu soudainement envie d'aller dans la chambre de Bill manger des fruits. J'ai fait semblant de ne pas remarquer cette esquive et d'omettre cet instant, mais je suis vraiment préoccupée. Pourquoi ai-je l'impression qu'on me cache quelque chose... ?
- Hé, Ati, retiens-le bien. Tu pourras prouver à Gustav que tu sais quelque chose, me dit Bill en m'adressant un clin d'oeil.
- Retenir quoi ? je demande la bouche pleine.
- Que ça... dit-il en touchant le bout de fruit qui dépasse de mes lèvres, c'est de la mangue et c'est super bon !
- D'accord ! j'acquiesce en avalant rapidement pour lui adresser un grand sourire.
- On ne me prouvera rien du tout, grogne Gustav.
Ce dernier, en se dirigeant vers la porte, esquisse un geste maladroit. Un vase rempli de fleurs vacille ; il le rattrape de justesse, regarde derrière lui d'un air gêné et s'en va rapidement.
J'entends Georg soupirer.
- Dans quel clan tu es, maintenant ? lui demande Tom en s'accoudant au canapé pour être plus proche de lui.
- Je ne suis pour personne, je ne veux pas la guerre, répond Georg après avoir tourné les yeux vers Tom. Vous liguer contre Gustav pour elle, c'est nul et puéril.
- De quoi vous parlez ? j'interroge curieusement. Il va y avoir une guerre ? Avec des armes et tout ?? je m'emporte.
Bill rit :
- Non. Ati, écoute bien, m'ordonne-t-il sur un ton sérieux. Tom et moi sommes contre Gustav parce qu'il ne désire pas la même chose que nous. Nous voulons nous battre pour obtenir ce que nous voulons, mais ce n'est pas aussi concret que tu le crois. C'est à dire que c'est... une sorte de combat moral. Je ne peux pas t'en dire plus. En tout cas, il n'y aura ni fusil ni grenades, finit-il en riant à nouveau.
J'acquiesce silencieusement d'un signe de tête.
- Je compte bien gagner, annonce Tom, faisant glisser sa langue sur ses lèvres d'un air déterminé tout en fixant Georg.
[...]
Je sais qu'il ne m'aime pas. Il est froid. Comme de la glace.
Seulement, la glace, elle, finit par fondre au contact humain. Selon la température et le contexte, ça peut être très long mais l'important est qu'elle fonde un jour.
Ou bien... quand on touche une eau glacée, c'est très dur à supporter au début, mais si on le veut, on finit par s'y habituer. Et au bout d'un moment, elle nous semble même plus chaude et chalheureuse.
Mais Gustav n'est pas en glace et il n'est pas non plus constitué d'eau froide. Et même s'il l'était... si je mettais fin à notre contact et revenais le lendemain, il aurait regelé, ou bien l'eau dans laquelle je tremperais ma main me paraitrait à nouveau glacée...
Que je revienne demain, après-demain, dans un an... ou que je ne revienne pas, je crois... qu'il ne se réchauffera pas pour moi.
J'ai décidé de partir cet après-midi. Je les dérange déjà depuis samedi soir, et j'ai raté un jour de travail. Il faut que je m'arrête là. Sinon, le patron de la boulangerie me virera et je ne pourrai peut-être plus jamais trouver quelqu'un qui m'emploie malgré mon âge.
Je n'aime pas penser de cette manière-là. Ça me donne envie de pleurer. Parce que résonner, c'est quelque chose qui est réservé aux adultes et je ne veux pas grandir. Je suis une enfant. Une enfant. Laissez-moi être une enfant...
- Les autres sont partis... Ati, qu'est-ce que tu veux faire, demain ?
- Hein ? je demande en relevant la tête.
- Oh... tu as les larmes aux yeux, me fait remarquer Tom, mon interlocuteur.
- Ah bon ? C'est sans doute la fatigue, je m'excuse en souriant.
- Je ne sais pas... Alors, qu'est-ce que tu veux faire, demain ? insiste-il.
J'ouvre la bouche pour annoncer que je m'en vais bientôt, mais il me coupe aussitôt :
- Attends, il y a une question que je voudrais te poser d'abord. Si je ne le fais pas maintenant, je vais oublier.
- 0ui, vas-y ! je l'encourage en faisant le signe de la victoire.
- Heu... hésite-il. Cette nuit, en dormant, tu as dit des trucs bizarres... je n'ai pas tout compris... Est-ce que tu te rappelles de ce dont tu as rêvé ?
Je n'ai pas besoin de fouiller longtemps dans ma mémoire pour m'écrouler au sol, tripoter la moquette et raconter ce joli rêve. Tom s'assied en face de moi et m'écoute attentivement.
- ...sauter partout dans les collines, et Georg conduisait un nuage comme un grand jockey.
- Pourquoi Georg ? interroge-t-il.
- Prrrrrrt .... , je fais avec ma bouche.
- Quoi ?
- Ca veut dire que je ne sais pas, je dis en riant.
- Bon, raconte la suite !
- Oui, oui. En fait, je ne me souviens pas de tout... Je me rappelle l'herbe verte à peeeeeerte de vue, je continue en esquissant un geste montrant tout ce qui nous entoure de près ou de loin, les marguerites, les nuages en forme de sourires et de fleurs... et aussi, Georg m'a emmenée sur son nuage et on a parlé aux vaches !
Tom s'affale à plat ventre sur la moquette en riant et en tapant des poings.
- Refais des rêves, s'il te plait ! Fais-en plein ! me supplie-t-il en riant. C'est génial !
Je ris avec lui, et regarde malencontreusement par la fenêtre.
L'encre solaire est peu à peu remplacée par celle de la nuit.
- Il faut que j'y aille, j'annonce en me levant précipitamment.
Il me regarde en clignant des yeux :
- Hein ?
Je rassemble mes affaires. Au moment de sortir, il me retient par le bras. Je me tourne vers lui, le regarde. Il fronce les sourcils :
- Tu es en train de me dire que j'ai perdu ?!