Yabééé ! - Un Chapitre dans la tête de Tom Kaulitz -
Les idiots & les enfants sont honnêtes - La vérité sort de la bouche des enfants.
Ne me regardez pas comme ça. Ne me fixez pas comme si j'avais fait une énorme erreur. Parce que je suis déjà au courant.
Gustav & Georg me regardent. Je sais, je n'aurais pas dû, mais mon instinct l'a retenue.
- Tom plaisante,
dit Gustav avec un rire nerveux. Ne t'en fais pas, tu peux partir. Bonne journée !
ajoute-il en la poussant littéralement hors de ma chambre.Le bras de la jeune fille glisse de ma main. Je la regarde s'éloigner, surprise, et les battements de mon coeur restent suspendus.
Bill la rattrape :
- Non, non, Tom a raison,
m'aide-t-il. Tu ne vas pas partir sans avoir déjeuné ?
insiste-il avec un sourire.
Je souffle discrètement, soulagé. Quelque chose me disait qu'il ne fallait pas qu'elle parte. Pas maintenant.
Georg et Gustav nous jettent un regard accusateur. Je sais. On n'a plus vraiment le droit de vivre, de parler à n'importe qui et encore moins de fréquenter une fille. La totalité des ordres que l'on reçoit nous empêche presque d'être humains. Les journalistes s'amusent de notre existence, et les interdictions de notre entourage professionnel sont là pour nous « sauver ». Seulement, je ne peux pas m'empêcher de vivre, et je ne le veux pas non plus.
Si David ressentira quelque besoin de rejeter la faute sur l'un de nous, j'assumerai. Même si j'avoue que je me trouve complètement dingue de prendre de telles responsabilités.
Mais ce n'est pas grave, parce que je sais que je ne serai jamais seul. La preuve est là ; si cette fille est ici, c'est parce que Bill a, encore une fois, lu en moi. Je voulais juste qu'elle reste. Ne me demandez pas pourquoi.
[...]
Les croissants sont particulièrement bons ce matin. Est-ce parce que le ciel est si différent depuis hier ? Est-ce parce qu'elle a dormi sur le canapé de ma chambre après que je l'aie ramenée à l'hôtel, parce qu'elle a choisi elle-même son prénom et que c'est celui d'un singe, ou bien parce qu'elle ne peut pas se prononcer sur son âge avant de l'avoir compté sur ses doigts ?
En tout cas, je peux profiter du petit déjeuner sans qu'on me regarde bizarrement ; d'habitude, je suis le plus étrange à table, et on me fixe d'un air choqué. Seulement, aujourd'hui, ce n'est pas moi qui subis le traitement habituel, mais cette fille. Il faut dire qu'elle mange son pain au chocolat miette par miette, et qu'après m'en être enfilé quatre, elle, elle n'en est qu'au quart de son premier. En revanche, après avoir fait ce petit calcul dans ma tête, je ne peux m'empêcher de me mettre à rire en avalant de travers mon jus de mangue. Les regards reviennent vers moi, et le reste du groupe se met à rire à son tour. Elle aussi, bien qu'elle n'ait rien compris, vu ses yeux exorbités. Elle est jolie quand elle rit. Mais à ce rythme-là, je me demande si elle aura fini un jour son pain au chocolat.
- Merci,
dit-elle,
les lèvres pleines de miettes.
- P... pourquoi ?
demande Georg.
- C'est super bon !
répond-elle indirectement, un sourire indéfiniment gourmand collé à son visage.
- Dis, euh... Ati, c'est ça ?
hésite Bill.
Elle sourit à l'entente de son prénom de singe.
- Tu habites où ?
termine-t-il innocemment.
- Ah, ça... Ca dépend,
annonce-t-elle en haussant les épaules. En ce moment, le patron de la boulangerie m'héberge en échange de mon travail.
Je sens la curiosité me dévorer. Je m'apprête à lui poser un bloc de questions, comme Georg, Bill et Gustav, mais l'expression qu'elle adopte me retient l'espace d'un instant.
- Le travail !
s'exclame-t-elle, le visage blanc, un soupçon d'affolement peignant sa voix.
Elle attrape le poignet de Georg et y lit l'heure.
- Non ! NON !
s'écrie-t-elle en cédant à la panique. A dix heures, le pain doit être fait, cuit, installé, mon tablier doit être enfilé, et moi, postée derrière le comptoir. Et hier je.. Le patron ! La caisse ! J'ai même pas eu temps de ranger l'argent de la caisse ! Et j'ai pas fermé le magasin ! Oh noooooooooooooon !
énumère-t-elle à une vitesse folle.Elle esquisse un pas précipité vers la sortie de la salle, mais je la retiens par sa fine écharpe, ce qui manque de l'étrangler. Elle se retourne, une main sur la gorge.
- Aujourd'hui, c'est dimanche !
dis-je avec un sourire. Et puis, normalement, c'est le patron qui s'occupe de compter l'argent et de fermer le rideau, non ?
Elle se rassied timidement à la table en massant son cou.
- J'ai le coeur qui bat trop vite... J'ai eu peur,
se plaint-elle.
Bill se met à rire.
- Alors ?
poursuit-il, curieux. Et tes parents ?
- Hein ?
l'interroge-t-elle innocemment.
- Tu ne vis pas avec eux ?
insiste Bill.
- Ah... euh... Non. Grand-mère n'a jamais voulu parler d'eux, alors je n'en parle pas non plus. Et puis même si je voulais vous dire quelque chose sur eux, je ne pourrais pas, puisque je ne sais rien.
- Alors c'est ta Grand-Mère qui t'a élevée ?
lui demande Georg en penchant sa tête vers elle, trahissant ainsi sa curiosité.- Oui, oui,
affirme-t-elle, les yeux rivés sur son verre de jus d'orange, passant la langue sur sa lèvre supérieure.- Elle est comment ?
je demande.
- Elle était toujours heureuse quand elle me parlait. Elle m'a appris les piiiiiiiires bêtises du monde,
vante-elle avec joie.
- C'est tout ? Je me plains. Je veux en savoir pl...
Bill me pince le bras d'un air gêné.
- Euh... qui veut le reste de ma tarte au pomme ?
propose-t-il à l'assemblée.
Georg et Gustav se ruent dessus, comme pour dissimuler une de mes nouvelles gaffes.
- Quoi ?
j'interroge Bill avec de grands yeux.
Qu'est-ce que j'ai encore fait ?
- « Elle était »,
me rappelle-t-il.- Yabéééééé...,
je laisse échapper, comprenant enfin.
Comment aurais-je pu relever ce détail ? Elle semblait tellement joyeuse...
- Tu parles japonais ?!
s'emballe-t-elle avec un grand sourire à l'entente de ma dernière réplique.
- Euh... Non. Bill m'a juste appris quelque mots dans sa période « manga », et ce genre de choses restent...
- Ah ?
s'étonne-t-elle. Grand-Mère a visité des tas de pays, alors elle parlait beaaaaucoup-beaucoup de langues. Mais quand elle jurait, elle choisissait toujours le japonais, parce que c'est une jolie langue, et ça rattrapait les insultes qu'elle criait,
raconte-elle en riant.
- Je vois... Et... maintenant, euh, tu... tu...
J'ai bien trop peur de refaire une connerie pour pouvoir parler correctement...
- Tu dois travailler pour vivre ?
je dis après avoir pris une grande inspiration.
- Oui,
répond-elle en souriant. Caissière, boulangère, serveuse...
compte-elle sur ses doigts. Mais c'est un peu dur, parce que je ne suis pas encore majeure, alors je dois faire attention à ne pas me faire repérer, sinon les patrons qui acceptent de me faire travailler sont punis. Et j'aurais voulu aider à nettoyer les plages du pétrole, mais c'est un travail bénévole et je ne peux pas me le permettre, parce que je dois gagner de l'argent pour pouvoir au moins manger...
Bill préfère changer de sujet :
- En tout cas, les p'tits dej' sont super bons, ici !
s'écrie-t-il.- 0ui !
renchérit-elle aussitôt.
Je remarque qu'elle n'a toujours pas fini son pain au chocolat.
Je me penche au-dessus de la table, tend le bras pour le lui prendre et me rassied. Je le mange innocemment sous son regard accusateur.
- Hé !
s'indigne-t-elle.
- Ton pain au chocolat me suppliait de le manger,
je me justifie.
- Après « L'homme qui parlait à l'oreille des chevaux », voici « Tom, maître complice des oeuvres patissières »,
ironise Georg.
Je grogne la bouche pleine :
- C'est nul...
je commente.
- Je te signale que tu as le menton couvert de chocolat,
ajoute Gustav.